Soumaila BOUBACAR
22-Jan-2026
Les jeunes chercheurs africains en médecine sont confrontés à un double défi : « souffrir pour produire » dans un environnement scientifique sous-financé et « galérer pour le prouver » sur la scène internationale. En Afrique subsaharienne, l’investissement en recherche ne représente que 0,2–0,3 % du PIB, contre 2,4 % dans les pays de l’OCDE. Cette faiblesse structurelle se traduit par des infrastructures limitées, un manque d’équipements et une surcharge des tâches cliniques et pédagogiques, laissant peu de temps protégé pour la recherche. Une enquête révèle que 73 % des chercheurs identifient le financement comme l’obstacle principal. Une fois les recherches menées, leur valorisation rencontre d’importantes barrières. L’isolement linguistique pénalise les chercheurs francophones et non-anglophones dans un paysage scientifique mondial dominé par l’anglais. Les frais de publication en accès libre (APC), souvent prohibitifs et inaccessibles pour des chercheurs aux revenus modestes. Enfin, les revues scientifiques africaines peinent à acquérir une visibilité internationale, perpétuant ainsi une dépendance académique. Pour sortir de cette impasse, deux leviers sont proposés : soutenir activement les revues africaines en y soumettant davantage de travaux, et publier davantage en anglais pour accroître la lisibilité mondiale, sans abandonner les langues locales. Ces stratégies visent à construire un écosystème scientifique africain à la fois autonome et intégré au dialogue global. Des initiatives prometteuses émergent (hausse des budgets, mentorat, politiques de science ouverte), mais une transformation structurelle reste nécessaire. L’enjeu est de permettre à la recherche africaine de passer d’une logique de survie à une dynamique de souveraineté et d’innovation, afin qu’elle occupe pleinement sa place dans la production mondiale des savoirs.
Recherche Médicale, Afrique, Revues Africaines, Souveraineté